Accrochés aux falaises du Lot, les mystérieux « châteaux des Anglais » semblent tout droit sortis d’un roman médiéval. Ces forteresses troglodytiques, souvent réduites aujourd’hui à des ruines spectaculaires, intriguent autant qu’elles impressionnent.
Mais d’où vient cette appellation évocatrice ? Contrairement à ce que l’on pourrait croire, ces sites n’étaient pas systématiquement occupés par les troupes anglaises. Le terme renvoie plutôt à la période troublée de la guerre de Cent Ans, lorsque le Quercy, territoire stratégique, fut le théâtre de nombreux affrontements entre Français et Anglais.
Ces refuges, taillés à même la roche ou perchés sur des éperons naturels, servaient de bastions défensifs ou de repaires pour les seigneurs locaux, les brigands et les soldats en quête d’abri. Aujourd’hui encore, ces vestiges racontent une époque où chaque village pouvait devenir un champ de bataille et où la survie passait par la hauteur et l’inaccessibilité.
Explorer ces sites, c’est plonger dans un passé fascinant, où l’ingéniosité humaine rivalisait avec les caprices de l’histoire.
Prêt pour un voyage à travers le temps et les falaises du Lot ? Suivez-nous sur les traces des légendaires châteaux des Anglais !
Un héritage de la Guerre de Cent Ans
Le Quercy, avec ses reliefs escarpés et ses falaises calcaires, a vu naître un type de fortification tout à fait singulier : les « roques ».
Ces constructions semi-troglodytiques, creusées directement dans la roche ou adossées à des parois abruptes, offrent un témoignage fascinant de l’ingéniosité militaire médiévale.
Une roque, c’est quoi ?
Le terme roque, issu du latin rocca signifiant rocher, désigne à l’origine une place forte bâtie sur un éperon rocheux. En Occitanie et dans le Quercy, il prend un sens plus spécifique, désignant ces fortifications suspendues aux falaises, véritables nids d’aigle imprenables.
Ces édifices étaient souvent aménagés en abris fortifiés, constitués de salles troglodytiques et de murs de défense en pierre ou en bois, le tout conçu pour offrir un refuge sûr en cas d’attaque. Dans un contexte de guerre permanente, où les raids et les pillages étaient monnaie courante, ces repaires étaient une réponse parfaite aux besoins de protection des habitants et des seigneurs locaux.
Une architecture de l’extrême
Ce qui frappe aujourd’hui encore, c’est l’implantation vertigineuse de ces fortifications. Nichées à flanc de falaise, souvent accessibles uniquement par des chemins escarpés ou des passages taillés dans la roche, elles offraient un avantage stratégique indéniable :
- Une vue imprenable sur les vallées, permettant d’anticiper toute attaque.
- Une accessibilité réduite, limitant les assauts et rendant les sièges difficiles.
- Une intégration parfaite au paysage, exploitant les anfractuosités naturelles pour renforcer la protection.
Grâce à ces atouts, les roques étaient de véritables forteresses naturelles. Souvent construites à partir des cavités existantes, elles nécessitaient peu de matériaux et pouvaient être renforcées avec des palissades ou des murailles en pierre.
L’accès se faisait généralement par des sentiers escarpés ou des échelles amovibles, rendant leur prise extrêmement ardue pour un assaillant.

Pourquoi les appelle-t-on « châteaux des Anglais » ?
L’appellation châteaux des Anglais ne signifie pas nécessairement que ces forteresses étaient occupées par les troupes anglaises.
Ce nom provient du contexte de la guerre de Cent Ans (1337-1453), une période où la région du Quercy, rattachée à la couronne anglaise à plusieurs reprises, était un territoire disputé entre Français et Anglais.
En réalité, ces repaires étaient utilisés aussi bien par les soldats anglais que par les seigneurs locaux ou des mercenaires, parfois même par des brigands profitant du chaos ambiant. L’association aux Anglais vient du fait que, durant cette époque troublée, toute place forte perçue comme hostile ou occupée par l’ennemi était qualifiée ainsi par les habitants du cru.
Finalement, avec la fin du conflit et le rattachement définitif du Quercy à la France, ces places fortes tombèrent progressivement en désuétude. Mais au fil du temps, cette dénomination est restée, transformant ces refuges accrochés aux falaises en véritables symboles de cette époque de guerre et d’incertitude.
Aujourd’hui encore, leur silhouette perchée sur les falaises du Lot demeure un puissant témoignage de cette époque tourmentée et ces vestiges continuent de fasciner par leur audace architecturale et le mystère qui les entoure.
Les mythes et légendes qui entourent ces lieux
Comme tout site ancien et isolé, les châteaux des Anglais sont entourés de récits fascinants, où histoire et légendes se mêlent. Parmi les histoires les plus répandues :
- Pendant la guerre de Cent Ans, ces refuges auraient abrité des groupes de mercenaires qui, une fois la paix revenue, seraient devenus de simples brigands. Selon certaines légendes, ces routiers auraient enfoui des trésors dans les grottes proches des forteresses… trésors que personne n’a jamais retrouvés.
- On raconte que certaines âmes errantes, trahies ou massacrées durant les conflits, hantent encore ces falaises, faisant entendre leurs plaintes les nuits de tempête.
- Dans plusieurs villages, des habitants affirment que les châteaux des Anglais seraient reliés à des galeries souterraines menant à des grottes encore inexplorées… Peut-être un dernier refuge en cas d’attaque, ou une simple légende transmise de génération en génération ?
Qu’ils soient perçus comme des témoins silencieux du passé ou comme des lieux empreints de mystère, ces châteaux oubliés continuent d’alimenter l’imaginaire collectif. Un patrimoine à la fois fragile et captivant, que le Lot préserve et dévoile peu à peu aux curieux et aux rêveurs.
Les principaux châteaux des Anglais du Lot
Aujourd’hui en ruines ou difficilement accessibles, les châteaux des Anglais du Lot continuent de fasciner par leur situation spectaculaire et le mystère qui les entoure. Accrochés aux falaises, ils offrent un aperçu saisissant des stratégies de défense médiévales et du quotidien en temps de guerre.
Pour planifier vos randonnées de découverte et vos explorations de ces falaises chargées d’histoire, voici le récapitulatif de nos 7 sites incontournables au départ du Pech de Vigne.
Parmi les plus remarquables, certains sites se distinguent par leur histoire et leur implantation vertigineuse.
Le vestige fortifié | Secteur | Particularité du site | Distance du gîte | Mon avis / astuce |
|---|---|---|---|---|
Causse de Gramat |
Spectaculaire ruine accrochée à une falaise calcaire de 30 mètres de haut |
20 min |
Le plus proche du gîte ! Combinez sa découverte avec la randonnée de la cascade d'Autoire | |
Vallée du Célé |
Vestiges médiévaux fortifiés qui se confondent avec la paroi rocheuse à la confluence du Célé et du Lot |
50 min |
Parfait pour une halte visuelle juste avant ou après votre visite programmée de la grotte du Pech Merle | |
Vallée du Célé |
Une impressionnante muraille fortifiée en surplomb du village, bâtie dans un abri sous roche |
40 min |
Son sentier d'accès offre une plongée grandiose dans l'ambiance sauvage du Célé | |
Vallée du Lot |
Forteresse incrustée dans la falaise au-dessus du fleuve, protégeant historiquement le passage de la rivière |
1 h |
Observez-le depuis le célèbre chemin de halage de Bouziès ou lors d'une croisière en gabare pour mesurer sa verticalité | |
Vallée du Lot |
Restes de fortifications médiévales agrippées à la roche à l'entrée de la vallée du Lot |
50 min |
Un site très sauvage. Profitez-en pour vous promener le long du ruisseau de Vers et admirer ses cascades de tuf | |
Vallée du Lot |
La haute tour de garde rectangulaire semble littéralement veiller sur les méandres du Lot |
50 min |
Plantée sur son éperon rocheux juste avant Cahors, cette sentinelle de pierre offre une silhouette de carte postale indémodable | |
Vallée du Lot |
Vestiges de maçonneries médiévales épousant les anfractuosités de la roche haute |
1 h |
Un bel exemple de l'ingéniosité des bâtisseurs médiévaux pour utiliser les défenses naturelles de la falaise lotoise |
Le château joyau du causse de Gramat
1 Le château des Anglais d’Autoire
Á tout seigneur tout honneur, commençons par la roque d’Autoire, proche du Pech de Vigne et le seul que l’on peut visiter facilement.
Nichée dans une falaise calcaire dominant le village, c’est une forteresse semi-troglodytique dont l’histoire remonte au 12ème siècle, construite à l’origine par des seigneurs locaux pour contrôler la vallée.
Son architecture épouse le relief avec trois niveaux de terrasses creusés dans la roche, formant une façade de près de 200 mètres.
Selon la tradition, la roque aurait été occupée en 1378 par Bernardon de la Salle, capitaine des compagnies de routiers à la solde du roi d’Angleterre, qui ravagèrent villes et campagnes du Quercy pendant la guerre de Cent Ans.
Au 15ème siècle, une tour à mâchicoulis typique de l’architecture défensive médiévale y est ajoutée, témoignant des adaptations militaires de l’époque.
Abandonné après les conflits, le site a servi de refuge occasionnel avant d’être redécouvert comme élément patrimonial.
Classé monument historique en 1925, il symbolise aujourd’hui l’ingéniosité défensive médiévale quercynoise, bien que son appellation « des Anglais » relève davantage d’une tradition locale que d’une origine anglaise avérée.
L’accès le plus facile se fait depuis le parking du lieu-dit Siran (attention aux personnes sujettes au vertige). Avant d’atteindre le château, vous pouvez au passage admirer la cascade la plus haute du Lot.



La dernière rénovation majeure du château a eu lieu en 2013. Cette campagne de restauration était devenue nécessaire en raison de l’état préoccupant de la maçonnerie séculaire, qui avait beaucoup souffert des intempéries et menaçait de s’effondrer.
Les châteaux de la vallée du Célé
2 Le château des Anglais de Cabrerets
Dominant fièrement la vallée du Célé, le château des Anglais de Cabrerets est considéré comme la plus imposante des roques troglodytiques du Quercy.
Perché à plus de 100 mètres au-dessus de la rivière, il s’étend sur une longueur impressionnante de 90 mètres. Il comprend plusieurs niveaux et intègre habilement les reliefs naturels de la falaise, formant un ensemble défensif remarquable.
Ce site servait probablement de refuge pendant la guerre de Cent Ans, abritant aussi bien des soldats que des habitants fuyant les pillages.
Aujourd’hui, il reste visible depuis la route, offrant une silhouette saisissante à flanc de falaise.
Bien que son accès soit interdit pour des raisons de sécurité, il continue d’attiser la curiosité des amateurs d’histoire et de paysages spectaculaires.


3 Le château des Anglais de Brengues
Perché sur une falaise dominant le Célé, ce site fortifié servait de poste avancé pour surveiller la vallée.
Son histoire remonte au 12ème siècle, comme en témoignent les vestiges architecturaux, notamment une porte en plein cintre avec de petits claveaux caractéristiques de cette époque.
En 1347, des modifications défensives furent apportées au château : une porte ogivale et une archère cruciforme furent ajoutées à quelques centaines de mètres au sud du château principal, renforçant ainsi ses capacités défensives.
On peut s’en approcher en empruntant le Sentier des falaises au départ du bourg de Brengues.
Les châteaux de la vallée du Lot

4 Le château des Anglais de Bouziès
À Bouziès, un autre château des Anglais défie les lois de l’apesanteur. Taillé dans la roche, ce refuge surplombe la rivière Lot, dans un environnement où les falaises abruptes offrent un cadre naturel impressionnant.
Initialement construit comme une infrastructure militaire pour surveiller et contrôler la rivière, le château s’intègre habilement dans la roche naturelle. Il faisait partie d’un ensemble plus vaste de fortifications et de structures bâties, dont seuls quelques vestiges subsistent aujourd’hui.
Le principal atout de cette fortification résidait dans son accessibilité limitée : les assaillants devaient gravir un sentier escarpé sous le feu des défenseurs avant d’espérer atteindre l’entrée.
Cet emplacement stratégique permettait aussi d’observer les mouvements sur la rivière et de contrôler un axe de passage clé dans la région.
Il n’est pas possible de visiter l’intérieur du château, dont l’accès est interdit.
5 Le château des Anglais de Vers
Construit à flanc de falaise surplombant la rivière Lot, le château de Vers servait principalement de refuge pour la population locale et permettait de contrôler le passage sur la rivière.
L’architecture du château est remarquable par son intégration dans la roche naturelle. Il comprend des murs défensifs avec des archères, un sas d’entrée bien protégé, et des espaces intérieurs aménagés dans la grotte.
L’intérieur n’est pas visitable. Le château se voit depuis le Pont de Béars.


6 Le château des Anglais de Laroque-des-Arcs
Le château des Anglais de Laroque-des-Arcs est une fortification médiévale semi-troglodytique datant probablement du 12ème ou 13ème siècle.
Adossé à une falaise et profitant d’un surplomb rocheux naturel, ce château se caractérise par sa construction unique et ingénieuse.
En 1370, les consuls de Cahors ont ordonné sa destruction partielle, craignant qu’il ne soit occupé par des routiers. Cette décision témoigne de l’importance stratégique du site et des tensions de l’époque.
C’est une propriété privée qui ne se visite pas ; cependant, il reste visible de l’extérieur.
7 Le château des Anglais de Saint-Martin-Labouval
Il s’agit d’un ensemble fortifié creusé dans la falaise calcaire, dominant la vallée du Lot et l’ancienne voie de circulation de la vallée.
Le bâtiment principal en pierre de taille, sous le surplomb de la roche, pourrait dater du 12ème siècle.
Le site est inaccessible au public (falaise et sécurité) et l’observation ne peut se faire qu’à distance.

Vestiges d’une époque tumultueuse, les châteaux des Anglais du Lot sont bien plus que de simples ruines perchées sur des falaises. Ils racontent l’histoire d’un territoire disputé, de ses habitants cherchant refuge et de ces forteresses imprenables qui ont défié le temps.
Aujourd’hui encore, ils fascinent par leur emplacement spectaculaire et le mystère qui les entoure.
Les explorer, c’est remonter le fil du Moyen Âge, imaginer la vie de ceux qui s’y retranchaient et admirer des panoramas à couper le souffle sur les vallées des rivières qui traversent le département du Lot.
À travers des sentiers de randonnée serpentant entre falaises et rivières, ces sites se dévoilent aux curieux et aux passionnés d’histoire, offrant une immersion unique dans le passé médiéval lotois.

Alors, pourquoi ne pas profiter d’un séjour dans le Lot pour partir à leur découverte ?
Entre nature préservée, patrimoine exceptionnel et villages pittoresques, la région regorge de trésors à explorer. Et pour savourer pleinement cette immersion, rien de tel qu’un hébergement chaleureux et authentique.
Au Pech de Vigne, notre gîte niché au cœur du Lot, nous serons ravis de vous accueillir. Une aventure entre histoire et paysages grandioses vous attend…
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Questions fréquentes
Pourquoi les appelle-t-on « châteaux des Anglais » s'ils ne sont pas anglais ?
C’est le grand paradoxe ! Pendant la guerre de Cent Ans, le Quercy a souvent changé de main entre les couronnes de France et d’Angleterre. Pour les habitants de l’époque, toute forteresse occupée par l’ennemi ou par des mercenaires pillards (les « routiers ») était surnommée des « Anglais ». En réalité, ces sites ont été construits par des seigneurs locaux bien français pour se protéger.
Peut-on visiter l'intérieur des châteaux des Anglais du Lot ?
La plupart de ces sites sont aujourd’hui en ruines et situés sur des falaises instables, ce qui rend leur accès interdit pour des raisons de sécurité (comme à Cabrerets ou Bouziès). Le seul que vous pouvez approcher et explorer de près est la Roque d’Autoire. Elle a été sécurisée et restaurée, offrant un parcours spectaculaire mais sûr.
La visite de la Roque d'Autoire est-elle adaptée aux enfants ?
Oui, mais avec une grande vigilance. Le sentier qui mène du parking de Siran au château est bien tracé, mais il longe la falaise. C’est une aventure passionnante pour les enfants (ils adorent l’aspect « repaire de brigands »), mais nous déconseillons la visite avec des enfants en bas âge qui ne marchent pas bien, car certains passages sont impressionnants.
Combien de châteaux des Anglais existe-t-il dans le Lot ?
Notre sélection en compte 7 parmi les plus remarquables et accessibles au départ du Pech de Vigne, mais on recense une dizaine de vestiges majeurs à l’échelle du Lot, auxquels s’ajoutent de nombreuses cavités fortifiées plus modestes, témoins de l’insécurité chronique qui régnait au 14ème siècle.
À propos de l’auteur
Habitant du Lot depuis 7 ans, Pascal est propriétaire et hébergeur du gîte 4 étoiles Le Pech de Vigne à Bio. Il est l’auteur de l’ensemble des contenus du site et partage, à travers ses articles, son expérience du territoire, ses conseils de visite et ses coups de cœur locaux. Découvrez le projet du Pech de Vigne et l’histoire d’Isabelle et Pascal.