Si les paysages paisibles du Lot nous semblent aujourd’hui intemporels, ils ont pourtant été le théâtre d’un des conflits les plus marquants du Moyen Âge : la Guerre de Cent Ans (1337-1453).

    Pendant plus d’un siècle, Français et Anglais se sont disputé le royaume de France, et le Quercy, terre stratégique entre les deux camps, n’a pas été épargné. Châteaux fortifiés, bastides assiégées, villages en ruines… le territoire a gardé les traces de cette période troublée, où se sont affrontés seigneurs locaux, chevaliers et bandes de mercenaires.

    Mais loin d’être figée dans les livres d’histoire, cette époque reste vivante dans le patrimoine du Lot. En parcourant ses cités médiévales et ses forteresses, on marche sur les pas de ceux qui ont défendu ces terres, reconstruit leurs villages et laissé un héritage fascinant.

    Suivez-nous dans un voyage à travers le temps, à la découverte des vestiges et des récits oubliés de la Guerre de Cent Ans dans le Quercy !

    Le Quercy au cœur du conflit

    Au 14ème siècle, le Quercy se retrouve en première ligne d’un affrontement qui dépasse largement ses frontières : la Guerre de Cent Ans.

    Située entre le royaume de France et les terres convoitées par la couronne d’Angleterre, cette région stratégique est l’objet de luttes incessantes. Routes commerciales, riches terres agricoles et positions fortifiées en font un enjeu majeur dans le conflit.

    Prise de Cahors par les Anglais - Jacques-Edmond Leman (vers 1880)
    Prise de Cahors par les Anglais

    Une région disputée entre Anglais et Français

    Dès le début de la guerre en 1337, le Quercy est le théâtre d’opérations militaires menées par les deux camps.

    Cahors, Figeac et de nombreuses bourgades du Lot passent successivement sous domination anglaise et française au gré des batailles et des traités.

    L’un des moments clés survient en 1360, avec le traité de Brétigny : ce texte, signé entre le roi de France Jean II le Bon et le roi d’Angleterre Édouard III, cède officiellement le Quercy à l’Angleterre.

    Pendant près de vingt ans, la région est administrée par les Anglais, qui tentent d’y asseoir leur pouvoir. Mais cette domination ne dure pas…

    En 1370, Charles V, roi de France, lance une vaste contre-offensive menée par le connétable Bertrand Du Guesclin. Peu à peu, le territoire est repris, et en 1373, le Quercy retourne définitivement sous contrôle français. Pourtant, cette période d’instabilité laisse la région exsangue.

    L’ombre des Grandes Compagnies

    Au-delà des armées royales, un autre fléau s’abat sur le Quercy : celui des Grandes Compagnies.

    Ces bandes de mercenaires, formées de soldats démobilisés après les traités de paix ou désertant les armées régulières, se transforment en pillards. Parmi eux, des figures redoutées comme Bertrucat d’Albret ou Bernardon de la Salle, qui sèment la terreur dans le Lot, s’attaquant aux villages, rançonnant les habitants et s’emparant des forteresses abandonnées.

    Les habitants, pour se protéger, renforcent les murailles des bastides et construisent des fortifications dans leurs villages.

    Certains lieux, comme Saint-Cirq-Lapopie ou Capdenac-le-Haut, deviennent de véritables refuges imprenables.

    Mais malgré ces précautions, la guerre et les pillages marquent durablement le Quercy, laissant derrière eux des villages en ruines et des terres en friche.

    Un beau paysage typique du Lot - Un château surplombe une verte vallée.
    Château de Belcastel, base de Bertrucat d'Albret dans le Quercy

    Le Gouffre de Padirac et la Guerre de Cent Ans

    Une légende évoque un trésor maudit caché au fond du gouffre…

    À la fin de la Guerre de Cent Ans, les Anglais, contraints de fuir le Quercy, auraient dissimulé leur trésor de guerre dans l’abîme insondable de Padirac. Des siècles plus tard, lorsque Édouard-Alfred Martel, pionnier de la spéléologie, acquit les terres autour du site, les propriétaires exigèrent une clause insolite dans le contrat : si jamais il découvrait le fameux butin, ils devraient toucher leur part !

    Simple mythe ou secret enfoui sous les eaux souterraines du gouffre ? Le mystère demeure…

    Les fortifications et bastides, un héritage de la guerre

    Face aux ravages de la Guerre de Cent Ans, les habitants du Quercy ont dû s’adapter pour survivre. Châteaux, bastides et remparts ont été renforcés, transformant la région en un véritable maillage défensif. Aujourd’hui encore, ces fortifications témoignent des luttes acharnées qui ont façonné le Lot médiéval.

    Bastide de Bretenoux

    Les bastides, des refuges fortifiés

    Les bastides, ces villes nouvelles fondées au 13ème et 14ème siècles, ont joué un rôle crucial durant la guerre.

    Conçues à l’origine pour structurer et dynamiser le territoire, elles deviennent rapidement des refuges stratégiques pour les populations. Dotées de plans en damier, elles favorisent la circulation des hommes et des marchandises tout en facilitant la défense.

    À Bretenoux par exemple, on observe encore l’organisation typique des bastides : une place centrale entourée de couverts, des rues au tracé régulier et des remparts parfois renforcés au fil des conflits.

    Ces villages fortifiés permettent aux habitants de se protéger des pillards et de relancer l’économie après les périodes de guerre.

    Les grandes places fortes du Lot

    Certaines villes, déjà bien établies avant le conflit, ont vu leurs défenses s’étoffer pour résister aux assauts.

    Cahors, ville clé du Quercy, est marquée par des affrontements fréquents. Son célèbre pont Valentré, construit à la fin du 14ème siècle, en est un vestige emblématique : doté de trois tours défensives, il symbolise la volonté des habitants de protéger leur cité contre toute incursion.

    Figeac, bastion économique et religieux, renforce également ses murailles pour se prémunir des attaques des routiers et des armées anglaises. Son patrimoine médiéval, encore visible aujourd’hui, témoigne de cette époque agitée.

    Figeac en 1371
    Figeac en 1371
    Le château de Castelnau-Bretenoux
    Château de Castelnau-Bretenoux

    Les châteaux, remparts de pierre contre les envahisseurs

    Le Quercy est aussi une terre de châteaux forts, dont certains ont été le théâtre de sièges et de reconstructions durant la Guerre de Cent Ans.

    Le château de Castelnau-Bretenoux : cette imposante forteresse de brique et de pierre a joué un rôle défensif crucial. Passé entre plusieurs mains, il témoigne des luttes de pouvoir de l’époque et de l’ingéniosité militaire médiévale.

    Le château de Cénevières, perché au-dessus du Lot, est un autre exemple de château fort transformé pour s’adapter aux menaces. Bien que son allure actuelle soit plus Renaissance, il conserve des éléments défensifs hérités du Moyen Âge.

    Ces bastides et forteresses, autrefois au cœur des batailles, font aujourd’hui partie du patrimoine exceptionnel du Lot. Leur visite permet de mieux comprendre comment la région a traversé l’une des périodes les plus mouvementées de son histoire.

    Les « roques » ou « châteaux des Anglais »

    On trouve spécifiquement dans le Lot des fortifications médiévales semi-troglodytiques caractéristiques du paysage de ses vallées calcaires, notamment celles du Lot en amont de Cahors et du Célé.

    Ces fortifications ont joué divers rôles au fil des siècles. Certaines étaient de véritables demeures seigneuriales. D’autres servaient de refuges temporaires pour la population civile. Pendant la guerre de Cent Ans, elles ont souvent été occupées par des compagnies anglaises, d’où leur nom commun.

    Proche du gîte, la Roque d’Autoire en est un exemple remarquable et en possède les caractéristiques typiques : édifice accolé à la falaise et abrité sous la roche, étroit et long, il s’adapte à la topographie naturelle.

    C’est un beau site à découvrir sur le circuit de randonnée de la reculée d’Autoire, qui offre une vue imprenable sur le village d’Autoire et son cirque naturel.

    Retrouvez notre autre article de blog sur ces mystérieux fortins accrochés aux falaises

    Autoire - Château des Anglais

    Les conséquences du conflit sur la région

    Après plus d’un siècle de guerres, de pillages et d’instabilité, le Quercy sort exsangue de la Guerre de Cent Ans. Villages détruits, terres abandonnées, population décimée… Le conflit laisse des traces profondes sur le territoire et ses habitants. Mais peu à peu, la région se relève, amorçant une reconstruction qui façonne encore le paysage du Lot d’aujourd’hui.

    Déclin économique et démographique

    Les années de guerre ont eu un impact dramatique sur la population du Quercy. Entre les combats, les famines et les épidémies, notamment la terrible peste noire de 1347-1352 (plus ravageuse que la guerre elle-même), la région perd une grande partie de ses habitants. Des villages entiers sont abandonnés, tandis que les campagnes, dévastées par les mercenaires et les armées en marche, deviennent des terres en friche.

    L’économie locale est elle aussi durement touchée. Le commerce et l’artisanat, qui prospéraient dans les bastides et les bourgs, peinent à reprendre. Les échanges avec les autres régions sont réduits par l’insécurité persistante, et les marchés peinent à se reconstruire après des décennies de troubles.

    Carennac, ravagé par la guerre de Cent ans, reconstruit à la Renaissance

    Reconstruction et renouveau architectural

    À partir de la fin du 15ème siècle, avec la fin du conflit et la consolidation du pouvoir royal, le Quercy entre dans une période de renouveau.

    La reconstruction s’organise : des villages sont repeuplés, de nouveaux bâtiments voient le jour, et les anciennes fortifications sont parfois transformées pour répondre aux nouveaux besoins de la société.

    On assiste notamment à une évolution de l’architecture : les maisons médiévales fortifiées laissent place à des constructions plus ouvertes et ornées, signe d’un retour progressif à la prospérité.

    À Cahors, Figeac ou Saint-Céré, de belles demeures de marchands en pierre témoignent de ce renouveau ; le château d’Assier et le château de Montal témoigne de la diffusion des styles de la Renaissance française dans le Quercy.

    Explorer le Lot, c’est parcourir un véritable livre d’histoire à ciel ouvert. Les vestiges de la Guerre de Cent Ans y sont encore bien visibles, des imposants châteaux fortifiés aux bastides paisibles qui ont su renaître après les ravages du conflit.

    Chaque pierre, chaque ruelle, chaque rempart raconte une histoire, celle d’un territoire marqué par les batailles mais aussi par la résilience de ses habitants.

    Pour les passionnés d’histoire comme pour les simples curieux, visiter ces sites, c’est faire un bond dans le temps et revivre l’époque des chevaliers, des sièges et des luttes pour le pouvoir.

    Flâner dans les ruelles médiévales de Figeac, admirer les fortifications de Cahors ou contempler les paysages depuis les hauteurs de Castelnau-Bretenoux, c’est ressentir l’âme de cette époque mouvementée.

    Le Pont Valentré à Cahors
    Cahors - Le Pont Valentré
    Terrasse ensoleillée et jardin fleuri du gîte Le Pech de Vigne dans le Lot, un espace extérieur paisible avec salon de jardin pour des vacances au calme en pleine nature

    Lors de votre séjour au Pech de Vigne, vous serez au cœur de ce patrimoine exceptionnel.

    Que vous soyez amateurs de randonnées historiques, d’architecture médiévale ou simplement en quête d’authenticité, le Lot vous réserve des découvertes inoubliables.

    Alors, prêts pour un voyage dans le temps ?

    Questions fréquentes

    Le Quercy était une zone tampon stratégique. Situé entre les terres contrôlées par le roi de France et l’Aquitaine (possession anglaise), le Lot a été le terrain de jeu des armées et des mercenaires. De plus, le traité de Brétigny en 1360 a officiellement rendu le Quercy aux Anglais, provoquant des décennies de révoltes et de reconquêtes locales.

    Le Pont Valentré est l’exemple parfait de l’architecture militaire de cette époque. Sa construction a duré plus de 70 ans à cause des troubles de la guerre. Il n’était pas seulement un pont pour traverser le Lot, mais une véritable forteresse avec trois tours de défense destinées à empêcher toute incursion ennemie dans la ville.

    Il ne s’agissait pas de voyageurs, mais de mercenaires. En période de trêve, ces soldats n’étaient plus payés par les rois. Ils s’organisaient alors en « grandes compagnies » pour piller les villages et rançonner les seigneurs du Lot. Ce sont eux qui occupaient souvent les célèbres « châteaux des Anglais » dans les falaises.

    Ces « villes nouvelles » ont été conçues pour attirer les populations et relancer l’économie. Leur plan régulier permettait une distribution rapide des terres, mais aussi une défense plus efficace. Les rues droites permettaient de voir venir l’ennemi et de se regrouper rapidement sur la place centrale, souvent fortifiée.

    La légende la plus célèbre est celle du Gouffre de Padirac. On raconte que les Anglais, chassés du Quercy en 1453, auraient jeté leur butin dans l’abîme. Si aucun trésor n’a jamais été remonté, cette histoire continue de fasciner et témoigne de la fin précipitée de l’occupation anglaise dans notre région.

    • Castelnau-Bretenoux : pour comprendre la puissance d’une forteresse militaire.
    • Figeac : pour ses maisons médiévales dont certaines ont dû être barricadées durant les sièges.
    • Autoire : pour sa « roque », un refuge semi-troglodytique suspendu à la falaise.

    À propos de l’auteur

    Habitant du Lot depuis 7 ans, Pascal est propriétaire et hébergeur du gîte 4 étoiles Le Pech de Vigne à Bio. Il est l’auteur de l’ensemble des contenus du site et partage, à travers ses articles, son expérience du territoire, ses conseils de visite et ses coups de cœur locaux. Découvrez le projet du Pech de Vigne et l’histoire d’Isabelle et Pascal.